Publié en 2020 aux Éditions Médiaspaul, Les enjeux ecclésiologiques et les enjeux pour les personnes dans Amoris Laetitia - Recension par Sylvie Bessette
La réception de l’Exhortation apostolique Amoris Laetitia ne s’est pas faite sans heurt. Entre l’opposition des uns et le désarroi des autres, ce document du pape François en a désarçonné plus d’un. Le livre « Faire nôtre l’Exhortation Amoris Laetitia » tente de remettre les choses en perspective de façon plus sereine en distinguant plusieurs pistes de réflexion permettant de mieux comprendre ce document étonnant.
Alors que la première partie propose des réflexions sur l’ecclésiologie du pape François dans Amoris Laetitia, la deuxième partie aborde des enjeux plus pratiques.
Ainsi, ce livre met en évidence un nouveau paradigme pour l’Église, mis de l’avant par le pape François : il ne faut plus seulement enseigner, mais aussi faire confiance au sensus fidei des fidèles. Le pape ouvre ainsi la porte au discernement et à la conscience des fidèles, à condition qu’elle soit bien formée. Il insiste sur le besoin d’entrer en dialogue pastoral plutôt que de juger ou d’appliquer sans nuance le code de droit canonique comme des « fonctionnaires » de l’Église.
En ce sens, Amoris Laetitia représente une « déstabilisation positive », pour reprendre les mots du théologien Gilles Routhier. L’Exhortation papale nous rappelle que l’enseignement de l’Église est appelé à évoluer, et « à toute époque, la foi s’exprime dans des théologies particulières, marquées par leur contexte et donc toujours relatives » (p. 91).
« Faire nôtre » n’évite pas de parler de la grave crise de confiance qui a pris place envers le pape après la publication d’Amoris Laetitia. Quatre cardinaux ont même publié des Dubia, des doutes sur l’enseignement papal. Certains parlent d’une crise de la moralité, de la doctrine, de l’autorité et de l’unité.
Le pape François n’a pas donné en effet de directives claires et a mis les prêtres et pasteurs devant leurs responsabilités : accompagner et discerner sur le terrain, en fonction des difficultés rencontrées en chemin. En fait, « Faire nôtre » parle du besoin de dépasser la tension entre le doctrinal et le pastoral afin d’accueillir les fidèles vivant des situations à la marge. Dans cette perspective, le chapitre 4 rend compte de la réception de Amoris Laetitia par des couples, invités à exprimer leurs réactions face au document papal. Ces exemples concrets nous aident à recevoir Amoris Laetitia comme un document d’accompagnement au cheminement et aux discernements nécessaires dans la vie des couples.
Un livre de réflexion et d’accueil d’Amoris Laetitia qui permet de prendre un peu de recul face aux contestations soulevées par l’Exhortation papale et de dépasser ces clivages. Il est vraiment temps de « faire nôtre » Amoris Laetitia en y cherchant une nouvelle façon d’exercer la miséricorde dans nos pratiques pastorales.